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Menaces sur La Tribune de l'Art (13/13) : Rykner, de l'imprécision et de la malhonnêteté

L’article de Didier Rykner titré « La réécriture de l’Histoire » se voulait « plus léger que les précédents » : la vérité est que cet article est sans doute plus lourd encore de mauvaise foi et à peu près aussi léger en termes de sérieux et d’honnêteté intellectuelle.


M. Rykner reproche en effet à Vianney d’Alançon et à Rocher Mistral d’avoir prétendu raconter une « histoire authentique », sans la « repenser […] sous prétexte qu’elle ne rentre pas dans l’idéologie du moment » et d’additionner en même temps les erreurs historiques. M. Rykner devrait comprendre que l’objectif de Rocher Mistral n’est pas de raconter l’histoire comme on la raconte dans les livres : l’objectif de Rocher Mistral est bien davantage de raconter l’histoire d’une façon originale, en passant par le spectacle vivant, pour rendre accessible et attrayant une discipline de moins en moins bien enseignée à l’école et désintéressant de plus en plus de français. Si Vianney d’Alançon avait voulu raconter l’histoire de façon formelle, il aurait plutôt entrepris l’écriture d’un ouvrage d’histoire. Mais la force du spectacle vivant est justement de pouvoir se servir de la grande Histoire pour raconter des histoires particulières, riches d’une narration et d’émotions à même de toucher le spectateur. En cela, Vianney d’Alançon ne trahit pas ses promesses de raconter une « histoire authentique » : la vie de Claude de Forbin, la révolte des Cascavèu ou le génie des moines bâtisseurs sont des chapitres authentiques de l’histoire de France et de Provence. Mais qu’il faille passer par Bénezet, le personnage fictif au cœur du spectacle La quête des bâtisseurs, pour donner à voir le génie des moines de l’Abbaye Saint-Victor de Marseille et le rôle qu’ils ont eu dans le développement de la Provence, c’est là un choix artistique et narratif que M. Rykner peut ne pas apprécier mais qui permet, en tout cas, à de nombreuses personnes d’en apprendre plus qu’ils n’en ont jamais appris sur cette abbaye déterminante dans l’histoire de la Provence.

A ce titre, la rigueur journalistique de M. Rykner en prend encore un coup lorsqu’il cite l’article de Libération indiquant que : « Celui-ci [Noël Coulet, médiéviste] a d’ailleurs ri lorsqu’on lui a rapporté que Bénezet, le paysan-narrateur de l’an mil, raconte avoir appris “les mathématiques et l’écriture“ auprès des moines : “A cette époque, au mieux, les moines s’en seraient servis comme main-d’œuvre !“ rectifie-t-il ». Sauf qu’à aucun moment, le texte de La quête des bâtisseurs n’affirme que Bénezet a appris les mathématiques et l’écriture auprès des moines : il évoque simplement que le jeune paysan-narrateur a appris, auprès du prêtre de son village « des rudiments d’écriture et de calcul ». Lorsqu’il rentrera dans les ordres chez les moines de l’Abbaye Saint-Victor, Bénezet servira en revanche bel et bien de main-d’œuvre, exécutant les tâches de la vie quotidienne qui incombent aux moines. Libération et Didier Rykner sont donc invités à mieux faire leur travail de « journalisme ».


Par ailleurs, Rocher Mistral n’affirme à aucun moment que le Roi René, Richelieu ou Henri II de Condé soient déjà venus au château de La Barben : pour le premier, peut-être Didier Rykner peut-il nous indiquer à quel endroit il a entendu cela ; pour les deux autres, nous avons déjà expliqué dans un précédent article pourquoi Richelieu et Condé apparaissaient dans le parcours immersif La révolte des Cascavèu.

Quant à la révolte des Cascavèu en elle-même, il est vrai que les sources sont rares pour juger des événements qui eurent véritablement lieu à La Barben. Et si Scholastique Pitton, historien aixois du XVIIe siècle affirme que « pour quelques vieux meubles brulés, on leur donna [aux Forbin] de quoi s’ameubler à la mode, et, pour quelques croisées des fenêtres abattues on a vu de très belles maisons », Claude Fouque (XIXe) affirme, quant à lui, dans les Fastes de la Provence ancienne et moderne qu’ « une descente tumultueuse fut faite dans sa terre de la Barben [de Gaspard de Forbin] ; son château fut ravagé ses forêts incendiées ». S’il n’y a donc en effet aucune information précise sur les ravages véritablement causés au château de La Barben, on peut en revanche affirmer avec certitude que celui-ci a bel et bien été pris pour cible : et si la violence y a été aussi extrême qu’elle fut à Aix, on peut imaginer sans peine ce que la révolte des Cascavèu a pu être à La Barben. D’autant que, si l’on en croit les deux auteurs, le château fut « ravagé », ses forêts « incendiées », des meubles « brulés » et des croisées de fenêtres « abattues » : tout porte donc à croire qu’il y a eu en effet révolte, incendie et ravages au sein du château. Didier Rykner trouve pourtant le moyen d’affirmer qu’on ne trouve, historiquement, « aucune trace d’incendie », tout en citant une phrase de Scholastique Pitton parlant justement…d’incendie. Et cela tombe bien car le parcours immersif de Rocher Mistral sur le sujet n’affirme en rien que le château fut réduit, en 1630, à un tas de cendres : si une seule pièce du parcours représente en effet du mobilier brulé, le reste du parcours relate davantage la peur qui saisit le château et ses habitants avant la révolte et le contexte de cet épisode fameux de l’histoire de Provence.


Quant à l’attribution des jardins à la française à André Le Nôtre, il est vrai qu’aucun document n’atteste de cette paternité. Mais, inversement, aucun document ne permet d’affirmer qu’ils ne sont pas de Le Nôtre. Ce qui est certain, en revanche, c’est que leur construction n’a pas été présidée par Le Nôtre, les jardins ayant été achevés en 1722 et Le Nôtre étant mort en 1700. Rien ne permet en revanche d’affirmer si sûrement que les plans et dessins ne sont pas, eux, attribuables au célèbre jardinier. C’est en tout cas une hypothèse plausible qui semble avoir traversé les siècles sans qu’on ne puisse jamais la démentir définitivement, à tel point que, comme le dit M. Rykner, « même le classement monument historique du jardin donne cette attribution ».

Quant au spectacle Les Féeries du jardin Le Nôtre – que M. Rykner n’a même pas pris la peine de voir – il n’a aucune prétention historique : il fait sienne l’hypothèse sérieuse que ces jardins sont de Le Nôtre et raconte, à partir de là, une histoire explicitement romancée, explicitement féérique (comme son titre l’indique) donnant à voir le faste qui pouvait animer les soirées des grandes familles de Provence. D’ailleurs, que ce jardin soit de Le Nôtre ou pas, cela n’enlève en rien « la beauté évidente de ce jardin », comme l’écrit M. Rykner, et donc pas plus la raison de ce spectacle.

Par ailleurs, les robes utilisées pour La révolte des Cascavèu ont bel et bien été, dans un premier temps, d’une mauvaise époque : pour être exact, selon nos sources, cela concerne les robes de la deuxième pièce du parcours immersif, nommée « Le salon des Dames ». Parmi ces robes, trois étaient datées du XVIIe et trois autres du XVIIIe : les trois robes XVIIIe ne provenaient, en l’occurrence, pas des ateliers de Rocher Mistral mais avaient été achetées, faute de temps pour les fabriquer ; une erreur de date a alors été faite par Rocher Mistral lors de l’achat de ces costumes. Les trois robes XVIIIe ont aujourd’hui été remplacées par des robes XVIIe fabriquées dans les ateliers de Rocher Mistral. Quant aux deux étudiantes de Mireille Nys dont Libération indique qu’« elles ont pointé que les tenues prévues dataient du XVIIIe et non du XVIIe », il se trouve justement que leur travail a porté sur les robes XVIIe, comme nous l’a confirmé l’atelier de couture de Rocher Mistral : l’article de Libération omet donc de mentionner que des costumes de la bonne époque ont été fabriqués par Rocher Mistral et que d’autres, accidentellement de la mauvaise époque, ont été acheté par manque de temps. M. Rykner et Libération seront donc heureux d’apprendre que tous les costumes sont désormais de la bonne époque et Rocher Mistral a eu le temps de rectifier cette erreur.

Quant à Claude de Forbin, nous avons déjà répondu à cet égard dans un précédent article : le fait que Claude de Forbin ne soit pas issu de la branche des Forbin de La Barben mais des Forbin-Gardanne ne change pas son origine provençale ni le caractère illustre et épique de sa vie.


On est donc bien loin de la réécriture de l’histoire dont parle Didier Rykner et à laquelle se livrerait Rocher Mistral : l’histoire sur laquelle se base Vianney d’Alançon est bel et bien authentique, elle doit autant à la recherche historique qu’à la transmission populaire qui forge la culture d’un peuple, d’une terre et le caractère emblématique de lieux comme le château de La Barben. De même, la volonté de Vianney d’Alançon de ne pas se laisser influencer par les récupérations idéologiques qui peuvent être faites de l’histoire s’observe assez facilement : il suffit, pour ce faire, d’avoir un minimum d’honnêteté intellectuelle. On peine alors à voir en quoi Rocher Mistral proposerait une réécriture de l’histoire et une « exaltation de la “Provence blanche”, royaliste et catholique, dans une intention prosélytique évidente et revendiquée » comme le relatait, encore une fois, Libération : il semble en revanche qu’une telle critique soit plus idéologique que ne le sont les spectacles et parcours immersifs de Rocher Mistral. On voit mal, en effet, en quoi Rocher Mistral exalte une « Provence blanche ». Encore plus mal en quoi sont promus le catholicisme et le royalisme. La révolte des Cascavèu ne prend aucun parti entre les nobles effrayés dans le château et les Cascavèu : elle entend, tout au plus, faire partager au visiteur la peur qui pouvait habiter les habitants du château au moment de la révolte. Forbin, le chevalier de la Royale ne fait que raconter la vie et les aventures d’un illustre marin français. La quête des bâtisseurs s’intéresse aux moines de l’Abbaye Saint-Victor, premiers propriétaires, à notre connaissance du château de La Barben. Le souffle de la Provence propose une visite des lieux emblématiques de la Provence. La source des querelles et Au bar de la Marine sont des adaptations de pièces de Marcel Pagnol. La Romance de la Saint-Jean est un spectacle de danses provençales autour de la fête traditionnelle de la Saint-Jean, si importante en Provence que même Frédéric Mistral la met au cœur de Mireille. Les fééries du jardin Le Nôtre imaginent un bal célébrant les Arts et la nature. Réécriture de l’histoire ? « Provence blanche, royaliste et catholique, dans une intention prosélytique évidente et revendiquée » ? Pardonnez-nous Libé, pardonnez-nous Didier, mais là, on ne voit vraiment pas…


Une fois de plus, M. Rykner a donc usé de beaucoup de son temps et de celui de ses lecteurs pour des accusations assez peu sérieuses et qui n’ôtent pas à Rocher Mistral sa capacité à transmettre l’histoire et la culture de la Provence à des personnes parfois totalement désintéressées de ce genre de sujets. Nous conclurons donc dans le prochain article, afin de mettre un terme aux accusations stériles de M. Rykner et de lui apporter les dernières raisons qui font de l’arrivée de Vianney d’Alançon au château de La Barben une aubaine pour ce monument.


Maxime Bertin


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