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Menaces sur La Tribune de l'Art (11/13) : Rykner et la complicité de la méconnaissance

La Patrouille de France présente le 30 juin 2021 à l’inauguration du Rocher Mistral ? Voilà qui constitue un scandale et un signe manifeste d’un soutien « à un très haut niveau » aux yeux de Didier Rykner dans son dixième article « La complicité des politiques ». La réalité est d’un tout autre ordre puisque, en effet, la base aérienne 701 Salon-de-Provence où est implantée la « PAF » se situe à 7,5 km à vol d’oiseau du château de La Barben : tellement proche que le ciel du château de La Barben est un terrain d’entraînement presque quotidien de la Patrouille de France. Voilà donc une première raison de nuancer le soutien « à un très haut niveau » dont parle M. Rykner. Rocher Mistral ne bénéficie donc pas d’un traitement de faveur ou d’un quelconque privilège : depuis 1964, la Patrouille de France est installée à Salon-de-Provence et depuis 1964 elle s’entraîne au-dessus du château de La Barben.


La Patrouille de France survolant le château de La Barben lors de l'inauguration de Rocher Mistral, le 30 juin 2021 (©Rocher Mistral, juin 2021).


Mais puisque M. Rykner attaque Rocher Mistral sur un terrain aussi ridicule que celui-ci, répondons-lui clairement : la présence de la PAF lors de l’inauguration de Rocher Mistral est d’autant plus simple à justifier que ses AlphaJets étaient, de toute façon, de sortie dans les environs ce jour-là, en raison d’une « journée famille ». Cela signifie qu’avec une vitesse moyenne de 994 km/h, il ne fallait pas plus de 27 secondes aux avions de la Patrouille de France pour se rendre de leur base aérienne au château de La Barben. Un temps de trajet à peu près aussi ridicule que les accusations de M. Rykner…

D’autant que la Patrouille de France est, pour l’Armée de l’Air et de l’Espace, un véritable outil de communication, pour recruter, ainsi que pour mettre en valeur la richesse de la France, dont le patrimoine fait évidemment partie. On comprend donc mieux pourquoi la PAF a accepté de participer à l’inauguration de Rocher Mistral : c’est pour elle un moyen de se rendre visible et de rendre visible l’Armée de l’Air et de l’Espace tout en participant au rayonnement que Rocher Mistral souhaite donner à la Provence, à son histoire et à sa culture. C’est dans la même démarche qu’elle a participé en 2017 aux 40 ans du Puy du Fou ou, le 20 juin 2021, au Grand Prix de France de Formule 1 au circuit Paul Ricard : des événements privés, donc. Notons que la politique de l’Armée de l’Air et de l’Espace est de ne faire payer aux bénéficiaires d’une représentation de la PAF que le transport, le logement et la nourriture : avec 7,5 kilomètres de distance entre les deux lieux, on se doute que de telles exigences ne se soient pas appliquées au Rocher Mistral.

Pour ce qui est de la représentation de l’armée, en la personne du Général Dominique Arbiol, directrice générale de l’École de l’air et commandant de la base aérienne 701 Salon-de-Provence, est-il étonnant qu’elle ait été invitée, dans la mesure où le château de La Barben se situe à quelques kilomètres de Salon-de-Provence, que la Patrouille de France survole le site presque quotidiennement et que des liens existent déjà depuis plusieurs mois entre Vianney d’Alançon, Frédéric de Lanouvelle, directeur général adjoint de Rocher Mistral et le Général Dominique Arbiol ? De même, la présence des 140 militaires de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de la Marine nationale se justifie par la proximité géographique avec le château de La Barben, pour les premiers, et par l’hommage à Claude de Forbin (qui donna son nom à six vaisseaux de la Marine nationale) que constitue le parcours immersif Forbin, le chevalier de la Royale, pour les seconds.

Dans ce cadre, on voit mal en quoi la présence de la Patrouille de France lors de cette inauguration est « étrange », ni pourquoi la réponse apportée par le service de presse de l’Armée de l’Air d’une part et par un autre service de communication du ministère d’autre part est « terriblement drôle ». Voici ce qu’écrit et cite Didier Rykner :


"Nous avons interrogé le ministère des Armées sur cette présence étrange de la patrouille de France et d’un général pour célébrer ce qui n’était pourtant qu’un événement privé : l’ouverture d’un parc d’attraction. Fallait-il payer pour obtenir ce privilège ? Ou pourquoi tant d’honneur ? La réponse est terriblement drôle. Elle vint en fait en deux temps. La première, du service de presse de l’armée de l’air, fut pour expliquer la présence de la patrouille de France : « La Patrouille de France réalisait à la même date des démonstrations aériennes à l’occasion d’une "journée famille" sur la base aérienne de Salon-de-Provence. Ils ont profité de cette occasion pour survoler le rocher Mistral, afin de soutenir cette initiative locale ; ce passage était par conséquent gratuit. » La seconde répondait à notre question sur la présence du général et émanait d’un autre service de communication du ministère, qui ne s’est manifestement pas concerté avec le premier. Car en voici l’explication : « Le général Arbiol était présent à l’inauguration du rocher mistral le 30/06 pour les raisons suivantes : 1/ Invitation des organisateurs ; 2/ Proximité géographique entre l’École de l’air et de l’espace et la commune de La Barben qui se trouve à quelques kilomètres ; 3/ La Patrouille de France a survolé le Rocher mistral (la PAF implantée sur le site, il est normal que le commandant de base y assiste également). »"

Résumons donc le propos de ces deux réponses : la Patrouille de France était de toute façon de sortie ce jour-là dans la zone et a donc simplement adapté son trajet pour survoler le château de La Barben ; le général Arbiol était invité par Vianney d’Alançon en raison de la proximité géographique des deux lieux et du fait que les deux personnalités se connaissent ; le général Arbiol a donc honoré cette invitation, en profitant pour assister à la représentation de la PAF. On ne voit pas franchement ce qui, dans tout cela, est « terriblement drôle » ou atteste d’un soutien « à un très haut niveau ». Mais M. Rykner semble avoir un humour bien à lui…


Didier Rykner s’étonne aussi qu’un projet restaurant un château emblématique de Provence, créant des centaines d’emplois directs et indirects et mettant en valeur l’histoire et la culture de la Provence reçoive l’approbation et le soutien de personnalités politiques. Est-il surprenant, en effet, que le secrétaire d’État au tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne s’intéresse et apporte son soutien à la création d’un site touristique prometteur en Provence et ceci alors même que la crise sanitaire a gravement fragilisé le secteur ? Est-il surprenant que Renaud Muselier, président de la région PACA, et Martine Vassal, présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, soutiennent un projet encourageant le rayonnement culturel et économique de leur territoire ? Est-il surprenant, donc, que ces personnes aient été invitées à l’inauguration de Rocher Mistral ?

Quant à la présence de Mgr. Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, il n’est pas secret qu’il est un ami de Vianney d’Alançon : peut-être M. Rykner souhaiterait-il avoir un droit de regard sur les amitiés de M. d’Alançon ?

A l’avenir, nul doute en tout cas que M. d’Alançon soumettra à M. Rykner la liste de ses invités à un tel événement pour s’assurer que celui-ci la jugera convenable.


D’ailleurs, M. Rykner n’a pas tort de souligner que Rocher Mistral bénéficie de nombreux soutiens et notamment de celui du Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au tourisme et, à travers lui, du gouvernement. M. Rykner aimerait savoir si « le ministère de la Culture, que le secrétaire d’État englobe forcément dans le soutien du gouvernement, soutient effectivement un projet qui met à mal le code du patrimoine » : il est en effet très probable que Rocher Mistral bénéficie aussi du soutien du Ministère de la Culture car, comme nos précédents articles l’ont montré, les restaurations qui ont été faites étaient justifiées et les aménagements opérés ont scrupuleusement respecté le bâti.

Quant aux « irrégularités » à propos desquelles M. Rykner a interrogé le préfet et le sous-préfet, rappelons que ces dossiers sont en cours d’instruction : ce qui signifie que si les services compétents estiment que ces aménagements sont conformes, alors ils seront régularisés ; s’ils estiment, à l’inverse, que ces aménagements ne sont pas conformes, ils ne seront pas régularisés. M. Rykner n’a qu’à attendre les conclusions de ces régularisations avant de crier au « scandale patrimonial ». De manière générale, qu’il s’agisse des aménagements faits dans le château, des murins à oreilles échancrées ou de la restauration du monument, nous avons déjà suffisamment répondu sur tous ces points pour que les accusations de M. Rykner et les poursuites d’associations n’effraient pas trop Rocher Mistral.


M. Rykner conclue son article en indiquant que « des vents contraires soufflent sur le Rocher Mistral [mais] des vents favorables pour le château de La Barben ». Nous aurons, dans un prochain article, l’occasion de revenir sur cette affirmation assez grotesque quand on sait les menaces qui pesaient sur le château de La Barben avant son rachat par Vianney d’Alançon.


Maxime Bertin


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