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La disparition de Féchain

En octobre 2021, la petite commune de Féchain (Nord), son maire, ses 1675 habitants et ses 5 km² investissaient les fils d’actualités Facebook et Twitter, de La Tribune de l’Art notamment, les colonnes de La Voix du Nord et même du Monde. La raison ? Un léger caillou dans la chaussure d’Alain Wallart, maire de Féchain.

Au cœur du village, à côté de l’église, trône en effet, sous sa cloche de verre, un monument peu commun : un polissoir. Utilisé à l’époque néolithique pour polir et aiguiser les outils en pierre, ce bloc de grès de 7 tonnes n’a pourtant pas toujours été là. En 1968, alors que des travaux d’élargissement de la rivière de la Sensée ont lieu sur le territoire de la commune d’Aubencheul-au-Bac, à 6 km de Féchain, le polissoir est exhumé et rapporté sur la place de leur village par des Féchinois. Il faut attendre le 4 juin 1980 pour que le « caillou », comme on l’appelle dans le coin, soit inscrit au titre des Monuments historiques. Dès lors, les 500 mètres aux abords du monument seront protégés et contrôlés par les Architectes des Bâtiments de France (ABF) du département : telle est la loi.

Mais Didier Rykner, directeur bien connu de La Tribune de l’Art, souhaiterait aller plus loin dans la protection du polissoir et du village. Le 28 octobre 2021, il recommandait ainsi au Ministère de la Culture la solution suivante : inscrire l’église, voisine du polissoir, aux Monuments historiques. « Ce qu’ils appellent le “caillou“ ne sera plus en cause »[1].

Pour cause, lorsqu’en 2018, le maire Alain Wallart souhaite entreprendre des travaux de rénovation de son école, comprenant la création d’un dépose-minute, d’une cantine et d’une médiathèque, il envisage la démolition de deux maisons – des maisons de briques rouges qu’on trouve par milliers dans le Nord. Pour mener ces investissements, rares et louables dans nos petites communes, il se tourne naturellement vers les ABF pour obtenir leur accord.

Leur réponse est sans appel : ce sera non. Ce refus ne semble d’ailleurs pas vraiment surprenant quand on sait qu’Alain Bernard, maire de Bouvines, était prêt à démissionner après que Véronique Stievenart, ABF, a refusé quatre de ses permis d’aménager. Ou qu’en 2017, Loïc Levin, ABF également, avait droit à ce titre par La Voix du Nord : « Quand l’Architecte des Bâtiments de France retoque les projets à la chaîne ».

Des solutions, le maire de Féchain en avait pourtant proposées. Par exemple, de déplacer le polissoir au musée Arkéos de Douai, consacré à l’archéologie et situé à 30 km de là. Mais la chose est inenvisageable : le polissoir étant inscrit en qualité d’immeuble, il est interdit de le déplacer. Que le périmètre protégé n’ait aucun lien avec l’histoire du monument n’importe pas aux yeux de la loi. Dura lex, sed lex.


Sauver les pierres, malgré les vivants


Les projets d’Alain Wallart pour sa commune et son école sont depuis à l’arrêt. Et la chose ne concerne d’ailleurs pas que l’école puisque, selon l’édile, le périmètre de protection ABF concernerait 80% de la zone urbanisée de la commune. Dans ce contexte, n’importe quel habitant, s’il veut couper un arbre, poser une fenêtre de toit ou une cabane en bois doit en demander l’accord à l’ABF lorsque les travaux entrent en covisibilité avec le monument.

Pour sortir de cette situation ubuesque qui conduit à condamner la vie d’un village et les infrastructures éducatives de ses enfants, le bon sens voudrait qu’on déplace en effet le polissoir au musée Arkéos.

Mais pas pour Didier Rykner. Son souhait d’inscrire également l’église pour affermir la protection du périmètre ABF a au moins le mérite de clarifier la conception qu’il a du patrimoine : Patrimoine d’abord ! Humains ensuite... Cela étant, cette position n’est pas si surprenante. En décembre 2016, sur France Culture, Didier Rykner ne déclarait-il pas à propos des musées d’art ancien : « les politiques locaux, les maires, les présidents de département ont beaucoup de pouvoir et parfois, c’est pas très bon ». Pour une fois, un maire ne décidera donc pas de ce qui sera exposé au musée. Et peu importe qu’il tire sa légitimité d’une élection, car il est des choses bien plus sacrées encore que la démocratie et l’éducation de ses enfants : la conservation d’un caillou dans un village dont il n’est pas originaire et que personne ne vient vraiment visiter.


Le sort en est donc jeté. Les inscriptions, classements, réglementations, formulaires, circulaires, procédures, etc., valent bien plus que la vie des Féchinois : et peu importe que cela cause la disparition de Féchain.

[1] https://twitter.com/ltdla/status/1453611983207608324?s=20

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